dimanche 15 novembre 2015

À qui profitent les cimes ?

Qui est le plus à plaindre en ces circonstances ?
Les victimes qui avaient d'autres projets pour finir la nuit ?
Les kamikazes qui commettent l'attentat et qui meurent comme des porcs, éventrés par leur ceinture d'explosifs bricolée, comme des cancrelats, écrasés sous le talon de la ménagère de moins de 50 ans, comme des pions, bébés taupes aveugles sacrifiés sur l'autel déjà bien encombré de la barbarie ?
Les proches des victimes qui voient subitement leur arbre généalogique élagué de la plus effroyable manière ?
Les téléspectateurs fascinés par des images qui passent et repassent en boucle et par des débats à n'en plus finir sur les causes du mal et ses aboutissants ?
Les responsables politiques qui n'ont pas le moindre remède fiable à proposer ?
Les militaires qui vont devoir patrouiller avec leur barda qui pèsent des tonnes pour apporter une illusoire sécurité à des citoyens apeurés ?
Les organisateurs d'événements dont l'annulation ruine de pieux efforts ?
Les touristes qui souhaitaient visiter Disneyland Paris ce week-end ?
Les xénophobes à la petite semaine qui crient « vengeance » et souhaitent noyer dans la Seine les bougnoules, les métèques, les clandestins, les saltimbanques, les gauchistes, les homosexuel·le·s et les femmes voilées ?
Les cyclistes, dopés jusqu'à la moelle, qui n'ont rien à voir dans cette histoire, mais qui se palpent les burnes chaque matin avec inquiétude pour vérifier l'absence de tumeur ?
Les citoyens du monde qui n'ont que faire des hymnes bavés à chaque commémoration, des drapeaux tricolores en berne tels des manches à air un jour de pétole, des discours des va-t-en-guerre (qui, à l'abri derrière leur pupitre en plexi, haranguent les foules) et qui doivent se farcir ce déferlement de patriotisme ranci ?
Les experts de la Défense nationale qui penchent pour l'usage de la riposte thermo-nucléaire tout en sachant que celle-ci n'est guère compatible avec les impératifs et les recommandations écolo-climatiques de la prochaine COP 21 ?
Les parents de ces terroristes qui risquent d'avoir un vague sentiment de culpabilité face aux carnages orchestrés par leurs rejetons enivrés de haine et d'ignorance ?
Les voisins des parents de ces terroristes qui eux aussi vont sûrement se dire qu'ils sont passés à côté d'occasions d'apporter leur grain de sel éducatif et sociabilisant à ces énergumènes jusqu'au-boutistes capables de mitrailler une foule à l'arme lourde ?
Les lanceurs d'alerte qui ont prévenu que de telles horreurs étaient à craindre et qu'y parer serait compliqué ?
Les ouvriers des usines d'armement qui vont voir leurs cadences et leur prime de Noël augmenter et les engins volants qu'ils fabriquent envahir les cieux et rajouter une couche de terreur à des situations déjà mal engagées ?
Les intellectuels qui ne savent plus à quel symbole se raccrocher ni vers quel gourou se tourner ?
Les urgentistes contraints de travailler dans l'urgence alors que l'urgence serait d'offrir à tout être humain un environnement réellement paisible et harmonieux pour éviter ces dérives mortifères et ces coups de feu dans la nuit festive de la capitale des amoureux ?

mardi 17 mars 2015

Ô époque pleine de mystères !



Nous sommes gouvernés par de vieilles branches qui pour régler des problèmes internationaux missionnent des porte-avions nucléaires (équipés de beaux Dassault Super-Étendard et de Super Frelon).
Nous gérons nos vies en fonction de schémas périmés qui remontent aux années 50 (or il serait temps de se montrer créatif et de cesser de vouloir vivre comme nos parents*. De l’imagination que diable ! plutôt que copier bêtement des modèles obsolètes !).
Nous sommes immergés parmi 25 à 30 % d’électeurs (et peut-être plus) qui, afin de solutionner les questions de la croissance économique et de leur manque d’estime d’eux-mêmes, opteraient pour ressusciter le noble métier de bourreau ; préféreraient la préférence nationale et généraliseraient le délit de faciès ; sacrifiant béatement la notion de solidarité pour vivre dans une société de boucs-émissaires terrorisés, de loups blonds tatoués et d’ours mal léchés couverts de cicatrices glanées en défendant nos anciennes colonies.
Nous sommes des consommateurs qui idolâtrons des instincts primitifs à peine dignes des hommes des cavernes.
Nous sommes incapables d’offrir un statut à 500 000 sans-papiers corvéables à merci, traqués comme des criminels, expulsables sans quartier. Alors que c’est pourtant une mesure INDISPENSABLE, d’une grande puissance symbolique, aussi efficace qu’une Déclaration des Droits de l’Homme bien pensée – et surtout d’un coût sûrement moins élevé que celui d’une guerre civile toujours dommageable comme les Algériens, les Syriens, les Irakiens, les Ukrainiens ou les Ivoiriens se sont faits forts de le démontrer récemment.
Nous tolérons que des millions de compatriotes et autres forces vives fraîchement débarquées vivent dans des conditions indécemment précaires (tandis que d’autres, caressant leurs comptes en Suisse d’une main et lustrant leur Rolex de l’autre, marinent dans une opulence insolente). NB : pour ma part, je suis à la lisière de ces deux mondes – un pied dans l’un, un pied dans l’autre, je sautille sur des braises. La Caf et ses agents zélés qui contrôlent que je mérite bien le RSA s’étonnent que je ne vive pas dans un taudis, ou que je puisse encore acheter de la peinture et des toiles vierges et m’entourer de plantes vertes.

 Mon p'tit bureau, d'où je vous écris présentement...

... et où naissent les nouvelles aventures de Mic Lebeau et Paul Rougissant.

Nous courbons l’échine devant des petits despotes qui se sont mis en tête de faire du profit coûte que coûte, imposant leurs cadences, leurs exigences, quitte à y laisser la peau de leurs subalternes et à spolier les générations futures.
Nous acceptons de vivre dans des environnements dégradés, bruyants, cancérigènes, aliénants, anxiogènes. Et qui plus est de payer cher pour ce faire.
Nous sacrifions nos plus belles années pour apprendre à nous taire et subir.
Nous jouons à la roulette russe avec la survie de l’espèce en multipliant les agressions du biotope. Se baigner dans les rivières du Grand Ouest présente des risques pour la santé…
Nous ne savons plus écrire de poésie autrement qu’en employant 6 smileys par ligne le tout avec un maximum de 140 caractères.
Nous ne parlons plus à nos voisins pour des raisons qui n’ont rien à envier aux raisons pour lesquelles nos voisins eux-mêmes ne nous adressent pas la parole.
Nous acceptons de regarder la télévision plutôt que les étoiles.
Nous croyons encore que l’Europe est en quelque sorte le centre de gravité, la matrice et le point d’orgue de l’univers connu.
Nous abandonnons nos vieux dans des hospices. Ou dans la rue – après la trêve hivernale.
Nous ne savons plus faire la différence entre un églantier et un sureau.
Nous avons peur de reconnaître nos torts et nos erreurs, nos ignorances et nos arrogances, nos mensonges et nos oublis coupables.
Nous mangeons de la brioche industrielle en buvant du chocolat au lait issu d’élevages intensifs.
Nous possédons 2 500 tonnes d’or (pillées dans tous les sous-sols du monde depuis des lustres) entassées sur des palettes alignées dans nos coffres souterrains, mais refusons l’aumône aux gueux.
Nous considérons que la Bible est plus sacrée que la vie des militaires qu’on envoie patrouiller dans des djebels tenus par des djihadistes.
Nous jouissons devant des vitrines où s’alignent des iPhones et des iPods.
Nous exproprions des familles heureuses pour bâtir des immeubles immondes, des trucs en béton ou des parkings à avions.
Nous enfermons les fous dans les prisons et peinons à recouvrer nos esprits les lendemains de gueuletons.
Nous attendons l’arrivée du FN au pouvoir comme s’il s’agissait d’un rendez-vous chez le dentiste prévu de longue date.
Nous enterrons chaque jour quelques femmes tombées sous les coups de leurs compagnons vaguement avinés et désignons sous le vocable de barbares quelques peuples lointains dont on ne connaît que quelques vidéos postées sur Youtube.
Et malgré tout, nous osons nous offusquer lorsque le tube concocté par notre barde national sent la naphtaline et le vieux pain jeté sur un balcon pour attirer les moineaux, les pigeons ?

C. C.
 

* Tant mieux, bien sûr, si ceux-ci ont su admirablement mener leur vie et continuent de se montrer à la hauteur des enjeux.




lundi 3 novembre 2014


Tandis que certains s’accrochent à leur portefeuille et à leurs prérogatives, d’autres s’agrippent aux arbres pour les sauver
Tandis qu’on applaudit lorsque le peuple burkinabé s’exprime pour châtier un dictateur, on envoie au Testet des militaires pour mater les embryons d’une rébellion
Tandis que l’on pointe du doigt les violences des manifestants qui jettent des cailloux et lancent des slogans, on hésite à livrer – ou pas – des porte-hélicoptères Mistral à Poutine (bien connu pour ses élans d’amour pacificateurs comme en Tchétchénie, en 1999, ou en Ukraine plus récemment, ou envers les communautés gays pour ne citer qu’elles)
Tandis qu’on se recueille sur la dépouille encore tiède du sergent-chef Thomas Dupuy mort au nord du Mali à 32 ans (dans une « lutte » contre le terrorisme, vaguement contre-productive à moyen et long termes, mais d’ores et déjà parfaitement lucrative pour les marchands d’armes sophistiquées et autres industriels du crime international qui ont tout intérêt à voir se multiplier les théâtres d’opérations militaires), on se demande ce qu’un jeune homme de 21 ans pouvait bien faire à deux heures du matin sur une aire déboisée du nord-ouest du Tarn quadrillée par une cohorte de gendarmes mobiles déployés là pour assurer la sûreté de l’État
Tandis que les manifestants non-violents rêvent d’un monde apaisé, fraternel et solidaire, les bons chrétiens regardent TF1
Tandis que les « ACAB » fleurissent sur les abribus, d’autres considèrent que la députée Marion Maréchal ferait vraiment une jolie Marianne
Tandis que la France terre d’asile traque et expulse les sans-papiers, on s’interroge pour savoir si l’hospitalité rime encore à quelque chose
Tandis que les prisons sont pleines d’innocents, les truands dînent au Fouquet’s
Tandis que les grands seigneurs tiennent table ouverte, les mauvais conseillers suggèrent qu’on élève des rideaux de barbelés autour des champs de blé
Tandis que les centres de rétention administrative ressemblent de plus en plus à des verrues d’un autre temps (d’avant l’abolition de l’esclavage et d’avant la Déclaration des droits de l’Homme), on s’inquiète de ces hordes de pauvres qui déferleraient si l’on ouvrait les vannes de la générosité – qu’on garde donc fermées – et on s’étonne que ça sente le moisi dans les esprits…

C. Cléran

vendredi 15 août 2014

Il était une fois un potager...



Il était une fois un potager extraordinaire. Je ne vous ferai pas l’offense de le décrire. On sait tous ce qu’est un potager. On y trouve des plants de tomates de plusieurs mètres de hauteur, épaulés par des tuteurs en fer forgé donnant chacun des brouettes entières de magnifiques récoltes d’un rouge gourmand. Des rangs de petits pois produisent des cosse garnies à souhait. Les haricots, verts, jaunes ou blancs, se portent eux aussi à merveille. Dans le sol, carottes, betteraves plantureuses, patates, poireaux croquants, panais, promettent des repas délicieux. Courgettes, citrouilles, cornichons à fleurs d’un jaune éclatant, ne sont pas en reste. Les aubergines d’un brun violet accrochées à leurs tiges garnies de piquants dorent au soleil. Plantes médicinales, herbes parfumées venues de Chine, bosquets de lavande, glaïeuls somptueux, marguerites tranquilles, pissenlits rebelles, fraisiers au ras du sol, taillis de framboisiers, ciboulettes et renoncules, salades alignées, choux, rhubarbes aux feuilles gigantesques riches en fibres suaves, persils aux verts sombres et autres poivrons prévus pour des ratatouilles délicates cohabitent royalement. Les bestioles pullulent. La zone est richement peuplée. Lapins, mulots, vers de terre, chenilles grasses, criquets à fines antennes, coccinelles à sept points, nuées de moucherons irritantes, scarabées placides, lézards, araignées aux toiles tissées avec une méticulosité d’architecte, escargots gris, taupes velues, chevreuils, moustiques, orvets, chats fainéants, hérissons tapis sous les brindilles et les paillages épais, tout un petit monde circule, se régale, se camoufle, se régule au gré des saisons. Les étoiles et les oiseaux de toutes les couleurs survolent ce périmètre organisé.
À chaque fin de cycle, ces petits peuples disparates se réunissent en grand concile. Ils élisent alors l’espèce qui sera la plus à même de gouverner.
Les abeilles, connues pour leur activité pollinisatrice, et les fourmis, fameuses pour leur sens inégalé du collectif, sont en général tour à tour élues. Les jardiniers sont aux anges. Ils se tournent les pouces, qu’ils ont bien sûr verts, et bâillent aux corneilles, qui croassent dans les peupliers. Cette alternance entre abeilles et fourmis a une certaine efficacité, relative et discutable certes, mais l’abondance des récoltes et la douce ambiance qui flotte sur ce potager extraordinaire témoignent de la clairvoyance de ces choix. Pourtant, malgré tous les avantages de ce système, la gouvernance des abeilles et des fourmis fut contestée par une partie de plus en plus conséquente de la population rampante, sautillante, coassante et miaulante de ce potager mirifique et fertile. Alors qu’advint-il ? Je vous le donne en mille. Aux élections suivantes, ce furent les limaces qui arrivèrent en tête, récoltant 24,86 % des suffrages exprimés.
Il va sans dire que la prolifération de cette engeance gluante qui avait su promettre monts et merveilles fut redoutable et qu’on ne tarda pas à regretter la pondération des abeilles et l’organisation, discrète mais persévérante, des fourmis. Hélas, le mal était fait. Les cueillettes cette année-là furent maigrelettes. Les limaces repues mirent ça sur le dos des colombes, des bousiers et des bourdons venus des prés voisins. Le soleil était plus terne. Les pluies furent insuffisantes. Le chant des cigales avait quelque chose de triste. La gloutonnerie des limaces avait causé d’irréparables dégâts. La ceinture serrée, n’ayant plus que leurs yeux pour pleurer et leurs élytres pour chouiner, les bestioles ailées et carapacées de cet extraordinaire potager se consolèrent en se disant que ça aurait pu être pire. Jadis, croyant bien faire, les patates qui cherchaient un chef d’État n’avaient-elles pas été capables de placer, tout en haut de leur pyramide, les très coriaces et très envahissants doryphores ?

Cyrille Cléran

jeudi 29 mai 2014

Saletés de chômeurs et fumiers d'abstentionnistes

En cette période de crise, pas d'autre choix que de pondre une petite analyse de derrière les fagots. Il y a en effet des évidences qu'il est toujours utile de rappeler. Ainsi, les généralités sont parfois nuisibles. Parler des chômeurs, des arabes, des jeunes, des fascistes... ou des abstentionnistes... comme si ces groupes étaient homogènes, inaltérables et permanents est un non-sens, une aporie, au mieux une faute de goût, au pire une paresse de l'esprit. Moi même qui fus chômeur :) n'ai aucune envie d'être ainsi étiqueté. J'ai été jeune également (je ne le suis plus vraiment), comme toute personne vivant plus de 40 ans d'affilée, et sais sciemment que la jeunesse est quelque chose de fugitif, de volatile, d'éphémère, que les jeunes d'aujourd'hui, comme dirait La Palice, ne sont pas ceux d'hier (qui ont vieilli) et qu'au sein d'une même tranche d'âge, il y a d'incroyables disparités. Et quoique citoyen affûté, il m'est également arrivé de m'abstenir (à un premier tour d'élections) parce que j'avais la flemme d'établir une procuration à un proche de confiance (et parce qu'en plus, parmi mes proches, il y a pas mal d'abstentionnistes et je me voyais mal leur demander d'aller voter à ma place)... Par contre, je n'ai jamais été fasciste. Ou alors, dans des rêves, dans des jeux de rôles ou des projections inconscientes. Tout ceci pour préciser que le catalogage est rarement une explication. Et que les raccourcis sont souvent trompeurs (ou alors très pratiques, comme les proverbes). Les chômeurs, les jeunes, les abstentionnistes, les malades, les pertinents, les sages, les Bretons, les cons, etc., fluctuent donc. Ces catégories sont poreuses, polymorphes, et bien fol qui s'y fie. Bien crétin également celui qui jette l'anathème sur une de ces catégories, car il risque un jour de s'y retrouver - le sort étant souvent d'une ironie mordante et les premiers, comme le soulignent les Écritures, un jour ou l'autre fatalement se font derniers et vice-versa. D'où la prudence de ce billet, en ces temps troublés. Que le FN fasse néanmoins se déplacer tant d'électeurs reste néanmoins un mystère. Les gens sont en colère, l'expriment, et votent pour Murène La Peine et consorts ; leurs problèmes sont intacts ; la montée du FN en terme de suffrages exprimés n'a rien résolu ; s'ils en veulent à leur patron, ils vont retourner lundi matin au turbin en courbant l'échine ; s'ils en veulent à leurs concurrents, ils vont continuer à vouloir grignoter des parts de marché ; s'ils en veulent à leurs enfants d'être des fainéants, ils vont continuer à leur gueuler dessus ; s'ils en veulent à l’État qui surtaxe exagérément leurs petites entreprises, ils vont continuer de penser qu'avec plus d'employés et moins de charges, leur sort s'en trouverait comme par magie simplifié, apaisé, alors qu'ils ont déjà du mal à gérer leur douze employés, dont 3 précaires, 2 qui piquent dans la caisse, 5 qui ont menti sur leur CV et le reste qui serait prêt à partir avec le carnet d'adresses du patron pour monter à leur tour leur propre business prospère et sans accrocs malgré les impôts toujours plus lourds et les prêts toujours plus ardus à obtenir ; s'ils en veulent à leur femme, ils vont continuer d'aller aux putes, ou au café du commerce pour  oublier leur mauvaise alliance ; s'ils en veulent à leur maire, ils vont continuer de pester dans leurs coins en ourdissant des complots ; s'ils en veulent aux musulmans, ils vont continuer à aller en vacances en Turquie, à manger des dattes tunisiennes, à manger des melons marocains, à raffoler du couscous et à fumer du shit des Aurès ; s'ils en veulent à la terre entière, celle-ci va continuer à les porter, les nourrir et leur dispenser ses ineffables générosités...
Or la politique, s'il s'agit d'une chose éminemment sérieuse, ne doit jamais occulter ces autres dimensions de l'existence que sont par exemple l'esthétique, l'éthique ou la mystique. Quelle est l'esthétique promise par le FN : des flammes tricolores et des statues de Jeanne d'Arc à chaque carrefour (et des bals viennois avec le gratin européen néo-nazi pour les grandes occasions) ? Quelle est la mystique fondamentale défendue par Murène La Peine hormis considérer que son papa borgne et vociférant est un homme admirable parfois un peu excessif ? Quelle éthique si ce n'est celle de proférer menaces, promesses intenables, mensonges et contre-vérités à tout-va dans le but de gravir les échelons du pouvoir ?
Qu'un parti prétende tout régler est une supercherie. Qui plus est qu'un parti euro-sceptique s'invite à Bruxelles est à se tordre de rire. Des salopards ont fait croire à des imbéciles que le problème de l'Europe venait de l'étranger, d'au-delà des frontières*. Là est la pensée dominante (qui domine essentiellement les vastes plaines de la crédulité des uns et de l'irresponsabilité des autres). Alors il faut renforcer les frontières, se méfier de l'autre - ce métèque aux mœurs barbares -, ériger des murailles de barbelés et des centres de rétention où parquer les malheureux migrants. Il sera peut-être plus judicieux, dès qu'on aura cinq minutes, d'ériger l'hospitalité et la solidarité transnationale comme des vertus nécessaires.
Qu'un·e·tel·le assure mener 65 millions de Français vers mille ans de réjouissances immaculées et de pure plénitude absolue si l'on suit ses commandements est suspect. Que 65 millions de Français soient assez naïfs et déboussolés pour s'agglutiner derrière quelqu'un·e qui leur promet la lune (et ses satellites) est encore une fois à se rouler par terre tellement c'est drôle. Pour ma part, je ne confierais jamais mon sort à quelque parti que ce soit. Et sûrement pas, a fortiori, à un parti sans la moindre lettre de noblesse.


* Et ce, quelles que soient ces frontières, le but du jeu étant de se déclarer soi-même sain et sans problème et de prétendre que les problèmes viennent de l'extérieur, de l'autre, de l'étranger, des chômeurs, des juifs, des francs-maçons, des plombiers polonais, des politiciens des autres partis, de la jeunesse décadente, des vieux corrompus par Mai 68, des punks à chiens ou des imams égyptiens. Or, ce vote et cette vague frontiste auront démontré quelque chose : l'ennemi une fois encore vient de l'intérieur. La bête immonde n'est pas chez les voisins. Toujours prête à glapir et à proliférer, elle grouille au sein même de cette Europe qui a été voulue comme terre de paix et de concorde.

C.C.

samedi 17 août 2013

Les salauds, de Claire Denis, avec Vincent Lindon, Claire Mastroianni, Lola Creton, Christophe Miossec...

NB : cette chronique contient un vilain spoiler.

Claire Denis réussit l'exploit de faire un film oppressant centré sur Marco, un capitaine de supertanker revenu à terre pour régler des problèmes familiaux. Donc pour le grand large iodé, on repassera : l'action se passe dans des appartements haussmanniens ou à bord de l'Alpha vintage du capitaine débarqué.

Durant ses navigations, les problèmes se sont accumulés : son meilleur ami s'est suicidé, l'entreprise familiale de chaussures a fait faillite, sa nièce à la dérive se prostitue (et se drogue bien sûr). Face à ce sinistre merdier, Marco est bien dépourvu. On imagine que s'il a choisi la marine, c'est justement parce que les sombres tracas des terriens le firent fuir. Bref, ce capitaine est à la peine. Il meurt à la fin. Ça simplifie grandement la donne.

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